C’est dans la nuit du 15 au 16 janvier 1944 que la Résistance belge réussissait son plus beau coup d’éclat. Nom de code : «la grande coupure». En cette nuit bleue, le Groupe G du Service Hotton, composé d’ingénieurs issus de l’ULB, procédait au dynamitage de vingt-huit pylônes qui alimentaient non pas la population, mais les usines au service de l’Occupant, sanctionnant sévèrement sa production. Le grand coup d’éclat se distingue par la finesse de sa conception et l’élégance de son exécution.
Dans la région de Chimay-Couvin, les jeunes de ce même réseau, à savoir le groupe D du Service Hotton, pratiqueront eux aussi la technique de la coupure. Là, en Thiérache, il ne s’agira pas de coupure de courant, mais d’une ligne de télécommunication. Pas n’importe laquelle : le câble qui avait suivi Hitler et son poste de commandement, d’Allemagne jusque Brûly-de-Pesche puis jusque Paris. Et ce câble Berlin-Paris, nous explique avec malice Marcel Franckson du Service Hotton, «est resté une des voies de télécommunication les plus employées. Alors, il était évidemment intéressant de le sectionner». C’est son ancien complice de maquis, André Van Glabeeke, qui nous en expose le mode opératoire : «D’abord chercher où se trouve le câble. André Mairiaux [ndlr : un de leurs agents de renseignement de la région] savait où se trouvait le câble (…). On creuse à cet endroit-là. Un trou certainement de 40 ou 50 centimètres de large (…) sur un mètre de long. On est tombé assez vite dessus. On le met à nu. On creuse un petit peu en dessous. On prend le pot-à-feu. On l’allume et le câble se consume». «Et quand tout ça est fini, reprend Marcel en se délectant de leur stratagème, au bout d’une minute, vous allez progressivement d’abord remettre toute votre terre, vous allez bien la remettre dans le trou. Vous allez veiller à ce qu’il n’y ait pas de la terre enlevée qui traîne autour du trou. Et puis sur votre trou, vous remettez votre motte de gazon, et il faut plusieurs jours pour qu’on détecte l’endroit où ça a été fait. « Mais nom de Dieu ! Schweinerei ! qu’est-ce que ces cochons de terroristes ont encore été foutre! » Et vous cherchez. Et donc pendant ces plusieurs jours votre câble est hors service. Alors que si vous aviez fait ça à l’explosif, bah, le lendemain le câble a été réparé». Que dire? Beau travail! Et encore, cet admirable dirty trick n’est qu’un aperçu des coups fourrés que le Service Hotton a infligés à l’Occupant. Pour saluer leur courage et leur inventivité, cela valait bien un musée.