Quand l’hiver fut brisé par la violence…
Un drame de la Seconde Guerre mondiale dans la région ardennaise
Le 25 février 1944, le village de Rièzes, sur le plateau de Rocroi, est brutalement frappé par une vaste opération allemande. Dés l’aube, les forces allemandes encerclent le village. Les habitations sont fouillées, les habitants perquisitionnés, plusieurs personnes arrêtées. En quelques heures, le calme hivernal de cette commune frontalière laisse place à la violence. Une jeune Riézoise tombera pour toujours ; c’est la fille Michaud du quartier frontalier de La Gruerie. Un Riézois aura plus de chance, et s’en sortira avec une vilaine blessure qui le gênera à vie. Quarante-cinq habitants seront arrêtés. Deux herbagères qui cachaient des aviateurs américains seront déportées. Esther et Valérie Fosset passeront de camp en camp, jusqu’à Mauthausen en Autriche; par miracle, elles en reviendront. Le boucher Léopold Vereecke n’aura pas cette chance. Cette rafle marque l’un des épisodes les plus dramatiques de l’histoire locale durant la Seconde Guerre mondiale.
La naissance du maquis du Gros Fau
L’origine de la rafle remonte à 1942. Dans la forêt de Rièzes, au lieu-dit « Le Gros Fau », un refuge clandestin est installé pour accueillir des jeunes hommes refusant le Service du Travail Obligatoire (S.T.O.). Plutôt que de partir travailler en Allemagne, ils choisissent la clandestinité. D’abord composé de simples tentes, le camp s’organise progressivement : ce sera pour commencer une cabane de chasse, ensuite ce seront lesdites tentes, puis trois baraquements et trois cagnas fabriqués par des agents locaux du Front de l’Indépendance, l’organisation qui chapeautait la plupart des réseaux de Résistance belges. Par bonheur, dans la région, tout un réseau d’habitants est prêt à recueillir les réfractaires en cas de pépin.
Un refuge devenu international
Avec l’intensification du conflit, le maquis de Rièzes accueille d’autres fugitifs. On ne tarde pas à y recourir pour cacher les Russes évadés des mines du Pays Noir. Ensuite, avec le déclenchement des bombardements stratégiques conçus par les anglo-américains, le refuge de Rièzes commence à se peupler d’aviateurs alliés dont les appareils s’étaient écrasés dans la région, de retour de mission. Rièzes héberge aussi, dans le plus grand secret, une doctoresse russe qui soigne les blessés de la clandestinité, en particulier les aviateurs américains abîmés lors de leurs parachutages forcés ou de leur atterrissage en catastrophe. Fin 1943, parmi la faune clandestine terrée au refuge du Gros Fau, on compte pas moins de quinze aviateurs américains et trente évadés russes.
Un camp vulnérable
Contrairement à certains groupes de résistance plus mobiles, le maquis de Rièzes reste installé au même endroit. Les besoins en ravitaillement, les déplacements fréquents et les risques de dénonciation rendent sa situation de plus en plus précaire. Le 25 février 1944, l’armée allemande lance une opération d’envergure pour démanteler le camp. Le refuge est découvert et détruit.
La tragédie de Saint-Remy
Après la dispersion du maquis, plusieurs aviateurs américains trouvent refuge à Saint-Remy, près de Chimay. Le 22 avril 1944, huit d’entre eux sont arrêtés lors d’une nouvelle opération allemande. Ils seront exécutés dans les bois environnants. Cet épisode reste profondément ancré dans la mémoire locale.
Une mémoire à découvrir
Aujourd’hui, plusieurs lieux rappellent ces événements : monuments commémoratifs, vitraux dans l’église de Rièzes, archives locales,…Sur le site de Brûly-de-Pesche, une cagna reconstituée – abri utilisé par les résistants – plonge le visiteur dans l’atmosphère des maquis de l’Ardenne. Elle rappelle le courage et l’engagement des habitants et des fugitifs qui ont tenté de survivre dans les forêts environnantes, tout en restant fidèles à leurs convictions.
Sources :
En Fagne et Thiérache, n° 88 et n° 206.
Au pays des rièzes et des sarts, n° 56.
Marcel Franckson et Jacques Burniat, Chronique de la guerre subversive, FMD, 1996.
Illustration :
Cagna du camp de Rièzes