Le bunker de Brûly-de-Pesche, quartier général avancé d’Adolf Hitler lors de la campagne de France en 1940, ne peut être compris sans évoquer les hommes qui gravitaient autour du Führer. Parmi eux, Albert Speer occupe une place singulière. Architecte officiel du IIIe Reich, proche intime d’Hitler, Speer fut aussi l’héritier politique et administratif de l’Organisation Todt, responsable notamment de la construction du bunker de Brûly-de-Pesche.
Pourtant, lors du procès de Nuremberg, cet acteur central de l’appareil nazi échappa à la peine capitale. Comment expliquer cette clémence ? C’est ce paradoxe — entre responsabilité historique, proximité avec Hitler et habileté sociale — que permet d’éclairer l’analyse de l’historien Johann Chapoutot, évoquée le 12 janvier 2026 sur France Inter.
Un verdict de classe internationale
« Très clairement, on a de la très haute bourgeoisie américaine, française et britannique : des gens qui reconnaissent en Speer quelqu’un qui est de leur monde, tout simplement. Son hexis corporel, son élégance, la manière dont il s’exprime, sa polyglossie également, le fait qu’il maîtrise plusieurs langues. Et par ailleurs son côté très habile, très malin puisque c’est quelqu’un qui va avoir une argumentation qui va être saupoudrée de petits moments pénitentiels, de petits regrets qui vont donner à croire qu’il est quelqu’un de bien, alors que c’est quelqu’un qui aura assumé jusqu’au bout les aspects les plus criminels du nazisme ».
De Brûly-de-Pesche à Germania : la proximité entre Hitler et Speer
Au final, l’architecte officiel du grand Reich n’écopera que de vingt années de prison, en dépit de sa flagrante proximité avec le Führer. N’est-ce pas avec lui qu’Hitler avait quitté Brûly-de-Pesche pour s’en aller visiter un Paris aux rues désertes? N’est-ce pas à lui que le Führer avait confié la tâche d’édifier Germania, c’est-à-dire de transformer Berlin en capitale impériale aux avenues et aux monuments deux fois plus grands que ceux de la capitale française ? Tout mégalomane veut sa mégapole. Napoléon eut Paris, Hitler voulait Germania.
L’Organisation Todt et la construction du bunker de Brûly-de-Pesche
Speer n’accéda pas du premier coup à la fonction de super-ministre des Travaux de l’Allemagne hitlérienne. Il avait un rival. Fritz Todt, ça vous dit quelque chose ? Les autobahnen, la ligne Siegfried, le mur de l’Atlantique, c’est lui. Oui, c’est l’organisation qui porte son nom qui réalisa le premier réseau d’autoroutes au monde ‒ si vide qu’il fallut créer une coopérative nazie de production automobile qui aura pour nom Volkswagen. C’est l’Organisation Todt qui édifia également le bunker de Brûly-de-Pesche. Et qui succèdera à Fritz Todt en 1942 ? Albert Speer, dans des circonstances plus que douteuses, qui fleurent la méthode expéditive poutinienne. En effet, l’avion de Todt explosera juste après son décollage, tandis qu’Hitler lui-même venait de dissuader Speer d’y embarquer, avant de l’introniser dès le lendemain à la place de Todt…
Nuremberg, ville martyre et théâtre du procès du nazisme
Nuremberg tombera dans les derniers mois de la guerre. Tout le monde se souvient des images de l’explosion de la svastika qui trônait sur une immense arcade de style néo-classique. Et qui avait conçu ce fleuron architectural du nazisme ? Albert Speer. Pour conquérir la ville, l’aviation américaine y avait déversé quelques carpet bombing, qui réduisirent son vieux centre historique en tas de gravas. Par miracle, son antique Palais de Justice y échappa. On pourra y juger le nazisme. Un procès historique, mais quelque peu inique.
Le saviez-vous ? Un écho local de la guerre dans la région de Couvin
Un des bombardiers qui rasa la ville de Nuremberg s’est écrasé, à court de carburant… à Petigny ! (Cf. Couv’info du 11 janvier 2026).
GIF historique – Explosion de la croix gammée à Nuremberg (1945), domaine public, source : Wikimedia Commons